La légende de «Gorr».

L’histoire se passe en pleine féodalité. Elle a pour cadre la forêt des Fawes qui s’étendait autrefois sur le plateau de Becco.

Surpris par la nuit, un pèlerin se trouva contraint, pour chercher refuge au Château de Franchimont, de traverser ce bois sinistre aux épais fourrés et aux grands arbres dépouillé, à travers lesquels soufflait un vent lugubre et froid.

Bien qu’un pâtre qui rentrait ses chèvres l’eût mis en garde contre le mamelon de Becco, hanté d’êtres malfaisants, notre pèlerin se laissa abuser par l’enchevêtrement des sentes et la ruse du démon.

Chemin faisant, il rencontra un chien noir de forte taille qui, débordant d’amitié, lui lécha les mains et l’accabla de caresses, puis se mit à marcher devant lui comme pour le guider. Cette compagnie rassurante endormit la méfiance du pèlerin.

Au bout d’un moment, quelle ne fut pas sa stupeur de se trouver face au redoutable écueil que le pâtre lui avait signalé. Le chien avait disparu, ce qui lui enleva le peu d’assurance qui lui restait.

Soudain, un hurlement prolongé se fit entendre, suivi d’un bruit souterrain qui fit trembler le sol. Mille cris affreux frappèrent alors les airs, la scène s’éclaira d’une lumière sinistre.

Alors il vit sur le monticule, dressé devant lui, «Gorr», le roi des loups, le mangeur d’hommes ; sa taille était gigantesque, son corps velu, sa tête hideuse, ses yeux terribles, ses larges mâchoires aux dents blanches et aiguës, paralysèrent d’effroi le pèlerin.

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Un nouveau sujet de frayeur lui était réservé, car des loups garous d’une taille double de celle des loups ordinaires l’entourèrent en poussant des hurlements terribles ; ils se mirent à danser avec une rapidité telle que, pour ne pas perdre conscience, l’homme dut par instant fermer les yeux.

Le cercle dont il formait le centre se resserrait de plus en plus. Sa mort paraissait certaine.

Le géant, resté jusque là immobile, frappa soudain du pied, et aussitôt, la base du monticule s’ouvrit, une lueur étrange, un air empesté sortirent d’une énorme crevasse vers laquelle le pèlerin se sentit poussé.

Une inspiration divine lui fit penser qu’il avait sur lui une protection certaine : les médailles qui pendaient sur sa poitrine. Il les prit des deux mains, tourna plusieurs fois sur lui-même, les bras étendus en criant : «Au nom de Dieu et des saints André et Symètre, ses serviteurs bien-aimés, disparaissez, esprits infernaux.»

Ces paroles à peine prononcées, des cris retentirent, plus épouvantables que ceux qu’il avait entendus jusque là.

Le géant «Gorr» chancela et disparut dans de terribles convulsions. Tout redevint calme…

C’était un éclatant exemple des malices du démon et de la toute-puissance de Dieu et de ses saints.

Le Margraff Guidon d’Amblève voulut combattre le monstre «Gorr». Mais il devait disparaître mystérieusement à tout jamais. Seuls son épée ébréchée, des lambeaux de vêtements et un tas d’os dépouillés de leur chairs, furent retrouvés sur les lieux…

Chevalerie de l’Ordre du Chuffin.

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